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Gasquet - Les fausses notes du petit Mozart

Gasquet - Les fausses notes du petit Mozart
Mozart sombrant dans la drogue. Tel est le tour improbable pris par la carrière de Richard Gasquet. L'histoire du petit prodige déchu est presque trop facile à écrire, tient trop du cliché, pour que l'on déroule le film de la vie du tennisman français, en laissant de côté subtilités et ambiguïtés.

"Richard G., le champion que la France attend?" titrait Tennis Magazine à sa une en février 1996, avec, en couverture, la bouille d'un gamin de 9 ans et un geste de revers envié par Roger Federer lui-même. Le point d'interrogation était presque superflu tant la destinée de Richard Gasquet semblait tracée : enfant unique choyé ayant grandi dans une atmosphère baignée de terre battue. Le petit gars de Sérignan a passé sa vie à cavaler autant après les petites balles jaunes que derrière le wagon doré de la glorieuse carrière que ses dons hors du commun semblaient annoncer.

La pression à s'accomplir sur le court a été d'autant plus forte que les premiers faits d'armes du gamin avaient enfoncé le clou du génie. A 12 ans, le Biterrois remportait les Petits As à Tarbes. A 15 ans, il franchissait un tour dans le prestigieux tournoi de Monte-Carlo. A 16, il était champion du monde juniors. A 18, il battait sa majesté Roger Federer en quart du même tournoi de Monte-Carlo. Et les violons médiatiques jouaient inlassablement la symphonie des louanges.
Dès cette époque pourtant, sa facade de petit Mozart n'était pas aussi lisse qu'elle le paraissait. Fissurée. En 2004, un accès de colère lui avait valu une humiliante disqualification dans les qualifs de l'US Open. Et là où certains bénéficiaient du luxe de faire leurs erreurs de jeunesse dans un relatif anonymat, chaque faux pas du petit génie du tennis tricolore était scruté à travers le miroir grossissant d'une célébrité aussi prématurée que non désirée.

Lorsqu'il s'invite sur le court, Richard Gasquet fait frémir d'aise les amoureux du jeu et bomber le torse des plus patriotes en revenant de l'enfer pour remporter ses 1ers points en Coupe Davis (contre l'Allemagne en 2006) ou arracher une place en demi-finale à Wimbledon à Andy Roddick (ex n°1 mondial) en 2007. Ou encore chiper en dernière extrémité, devant son public à Bercy, l'ultime ticket pour le Masters 2007 à Andy Murray, l'actuel n°3 mondial. Cette année là, Gasquet l'acheva à la 7ème place mondiale. A 21 ans, et sous la houlette d'Eric Deblicker, sa carrière semblait lancée pour de bon. Depuis, il court en vain après un 6ème titre...

Rien n'est jamais acquis dans l'itinéraire tortueux de ce champion torturé. C'est ainsi qu'en 2007, il a renoncé à jouer un 3ème tour à l'US Open parce qu'il souffrait... d'une angine. Et que depuis un an, des blessures sont systématiquement apparues à l'approche d'un rendez-vous en France. Gasquet a joué en 2008 ni Roland Garros (genou), ni Bercy (épaule) ; en 2009, ni Marseille, ni Monte-Carlo (l'épaule toujours). C'est aussi un ensemble de problèmes physiques qui l'avait poussé à rester sur le banc de touche du 1/4 de finale perdu par la France contre les Etats-Unis à Winston Salem en avril 2008. Mais presqu'autant que sa fuite, son comportement durant les 3 jours de la rencontre avait exaspéré l'équipe de France. Alors que ses coéquipiers se battaient en terrain ennemi pour décrocher une qualification en demies, le petit prodige pianotait sur son portable, semblant peu concerné par le match.

Acculé par l'obligation de réussir et plafonnant autour de la 20ème place mondiale depuis deux ans, souvent réticent à se faire violence sur le court, supplanté par ses compatriotes Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils et Gilles Simon, Richard Gasquet a peut-être fini par craquer. Quel que soit le tour que prenne la procédure, le tennisman, qui clame son innocence, va avoir besoin de l'aide de ses proches dans les semaines et les mois à venir.
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# Posté le mercredi 03 juin 2009 10:02

Modifié le mercredi 03 juin 2009 12:03

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